Faire sa Consécration Totale à Jésus par Marie selon S. Louis-Marie Grignion de Montfort

 

Pour télécharger la consécration voir ci-dessous. J’ai aussi inclus un bon article par le chanoine D.-J. Lallement, ce n’est pas nécessaire de le lire, mais je le recommande fortement…


consécration_à_marie_de_louis-marie_de_montfort.pdf


La théologie du Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge de saint Louis-Marie de Montfort

Conférence donnée par M. le chanoine D.–J. Lallement pour le Centenaire de la découverte du Traité, le 26 avril 1942.

Marie est Reine de la théologie

La théologie reçoit ses principes, par l’intermédiaire de la Révélation divine, de la claire connaissance que Dieu a de soi-même et qu’Il communique avec évidence aux bienheureux dans le ciel. Or, la très sainte Vierge est associée à son Fils pour présider à toute la communication de la divine gloire aux créatures, Astitit Regina.

De plus, pendant notre voyage ici-bas, alors que la vérité intime de Dieu ne nous est pas évidente, nous sommes conjoints à cette vérité surnaturelle par l’adhésion de la foi au témoignage de Dieu. Notre théologie dépend donc de la foi. Mais c’est, ne l’oublions pas, chez celle à qui Élisabeth adresse cette félicitation caractéristique : « Heureuse es-tu, toi qui as cru », c’est chez Marie que la foi s’est trouvée dans sa réalisation souveraine. § 214.

Enfin, nous donnant le portrait spirituel de la Vierge Mère, l’évangéliste Luc nous la montre avec insistance intérieurement appliquée à la considération des révélations divines au centre desquelles elle se trouve placée : suneterei, sumballousa (2, 19) dietérei (3, 51).

Associée donc à son Fils comme Reine de la gloire, étant elle-même, à son titre propre, Reine de la foi, et Reine des âmes appliquées à la Révélation de Jésus-Christ, Marie doit être reconnue très formellement Reine de la théologie.

Eh ! bien, Messieurs, à celle qui est la Reine de la théologie, il est juste que ceux qui s’occupent de la science sacrée expriment leur reconnaissance pour les lumières qu’elle leur a départies par son serviteur Louis-Marie Grignion de Montfort, spécialement dans le Traité qui fut arraché, il y a cent ans, à l’oubli où l’enfer avait voulu l’ensevelir.

Le Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge est-il un traité de théologie ? Telle est la première question à laquelle je voudrais ce soir répondre.

Proclamons-le tout de suite : Montfort, dans ce Traité même, est plus qu’un docteur de la vérité catholique, c’est un prophète. Énumérant les offices qui sont répartis dans l’Église, saint Paul, à plusieurs reprises, place l’office de prophète aussitôt après l’office des douze apôtres et avant celui de docteur. Quosdam quidem posuit Deus in Ecclesia, primo apostolos, secundo prophetas, tertio doctoras. I Cor 12, 28-29 ; 13, 2 ; Eph 4, 11.

Saint Thomas d’Aquin explique cet ordre en disant que certains reçoivent par eux-mêmes les révélations de Dieu, ce sont ceux-là qui sont appelés prophètes, viennent ensuite ceux qui seulement instruisent le peuple de ce qui fut révélé aux autres, ce sont les docteurs.

Si sans hésiter nous reconnaissons en Montfort un prophète, ce n’est certes pas seulement à cause de la prévision particulière qu’il eut du sort de son livre, prévision réalisée par l’heureuse exhumation dont nous célébrons aujourd’hui le centenaire. Cette vue prophétique aurait pu être une faveur isolée sans influence sur le fond de l’écrit. Mais elle s’insère dans un ensemble, comme il apparaît rien que par le contexte immédiat de cette prédiction. Ce paragraphe 114 du Traité, dans lequel le Saint Esprit est si simplement donné pour l’auteur de l’écrit, Louis-Marie n’étant que l’instrument dont il s’est servi, ce paragraphe est de ceux où le plus nettement la vraie dévotion à Marie est montrée comme la voie de la victoire dans les temps périlleux qui précéderont le second avènement du Christ. Et conscient de sa plénitude prophétique, Montfort termine ce passage par l’avertissement même dont l’Évangile accompagne l’annonce de l’abominatio desolationis : « Que celui qui lit comprenne, qui legit intelligat. »

Le Père Faber avait bien raison d’écrire dans sa préface à une traduction du Traité de la vraie dévotion qu’« on trouve dans ce livre le sentiment de je ne sais quoi d’inspiré et de surnaturel qui va toujours en augmentant au fur et à mesure qu’on avance dans son étude ». p. XIX. Faber ne craint pas d’appeler Louis-Marie « cet autre Élie ». p. XII. Il précise, il dit d’une manière on ne peut plus claire ce qui fait du Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge un écrit essentiellement prophétique : « Montfort, écrit-il, proclame qu’il apporte de la part de Dieu le message authentique d’un honneur plus grand, d’une connaissance plus étendue et d’un amour plus ardent pour Marie, aussi bien que de la liaison intime qu’elle aura avec le second avènement de son Fils. » p. XIII.

Qui legit intelligat. On peut comprendre, et avec fruit, bien des choses dans ce traité, sans le comprendre. Dans son unité, il n’enseigne pas seulement une vérité générale comme le rôle nécessaire de Marie dans le salut de chacun, ou bien une forme particulière, excellente, de la dévotion à la sainte Vierge. Ce qu’il proclame, c’est que, pour l’achèvement du règne de Jésus Christ en ce monde, un très grand perfectionnement de la dévotion — au sens le plus fort du mot, du don de soi — à Marie est le moyen providentiel ; cette « vraie dévotion » à la sainte Vierge sera la voie par laquelle seront conduits et qu’enseigneront les grands saints que l’Esprit Saint formera par Marie dans les persécutions et les difficultés au travers desquelles se préparera le second et final avènement du Christ. § 47 et 48.

Peut être ne serait-il pas absolument impossible de déduire ces affirmations de la révélation commune, du dépôt de la foi, sans enseignement particulier de Dieu. Montfort n’insiste pas sur la manière dont il en fut éclairé. Il ne nous rapporte pas ici, comme le font souvent ceux qui furent favorisés de révélations particulières, des visions ou des paroles qui lui eussent été adressées à lui. A peine par un mot ici ou là, dans sa grande simplicité, laisse-t-il voir qu’il parle éclairé et assuré par l’Esprit de Dieu. Somme théol., II-II, 171, 5. Lorsqu’il lui faut donner quelques prédictions plus précises sur les grands saints des derniers temps, son humilité se retire derrière d’autres confidents de Dieu, comme saint Vincent Ferrier, § 48, ou Marie des Vallées, la dirigée et en même temps la conseillère de saint Jean Eudes, dont Grignion parle au § 47, la désignant comme la personne « dont la vie a été écrite par M. de Renty ».

Cependant nous avons dit que Grignion de Montfort n’est pas seulement de ceux qui enseignent ce qui fut révélé à d’autres. C’est que nous trouvons chez l’auteur du Traité de la vraie dévotion des marques non équivoques de l’esprit de prophétie. Il a sur ces secrets de la Providence un jugement assuré qui est, au dire de saint Thomas d’Aquin, l’essentiel dans la prophétie. Même s’il présente les choses dont il parle comme ayant été dites déjà dans un sens caché de l’Écriture, ou comme étant virtuellement contenues dans la Révélation ou comme annoncées en des révélations particulières, ce qui fait de lui un grand prophète, c’est la lumière par laquelle il entre aisément dans les desseins les plus profonds de Dieu, là où un théologien doué seulement de la foi commune penserait à peine à s’avancer. II-II, 173, 2 ; De veritate, 12, 12 et 13. Il a reçu le don d’interprétation des Paroles sacrées, interpretatio sermonum, un sens lui fut ouvert pour qu’il comprît les Écritures. Lc 24, 25. Et lorsqu’il se réfère à des révélations privées, on lui sent une intelligence fraternelle pour les accueillir et en discerner le sens le plus profond. « C’est, dit-il, ce que Dieu a révélé à saint Vincent Ferrier. Il l’a suffisamment marqué. » § 48.

Dans la forme du Traité, nous rencontrons souvent, et dans une particulière splendeur, la force et l’audace des prophètes. Quant à l’objet sur lequel se porte une si belle lumière, nous n’aurons pas de peine à y reconnaître, en suivant l’enseignement de saint Thomas d’Aquin, le plus haut objet de prophétie dans l’Église. Il ne s’agit pas en effet seulement d’une prophétie de prescience, par laquelle sont prévus quelques actes des hommes, bons ou mauvais — la prédiction du sort futur du petit livre est de cette sorte inférieure. Il s’agit de l’intelligence de ce que Dieu Lui-même fera dans la distribution des grâces, prophetia prædestinationis. II-II, 174, 1 corp. (Il ne s’agit pas à plus forte raison de la simple prophétie de menace comminationis, la moins élevée de toutes et qui n’est qu’hypothétiquement certaine). C’est, par parenthèse, la raison pour laquelle Grignion parle si souvent des « prédestinés » auxquels le choix divin accordera la compréhension de la dévotion mariale qu’il prêche. Et ce n’est pas un petit coin du voile qui est soulevé pour Montfort, sur un point particulier de la divine conduite ; ce qui lui est mis en une très vive clarté, qui n’ajoute rien au dépôt de la foi, ibid. ad 3, mais qui préparera fortement les âmes, c’est la voie même de consommation de l’union de l’Église à son Christ par la livraison plus parfaite à Marie en qui a commencé et qui doit parachever l’union de l’humanité à Jésus et à la Trinité.

Telle est donc la grandeur du Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge. On voit qu’il est très au-dessus de ce qu’on nomme ordinairement un écrit de spiritualité, c’est à dire un écrit qui, supposant l’enseignement commun des grandes vérités divines, se borne à expliquer un moyen d’ascèse ou une forme d’union à Dieu. C’est dans cette catégorie, par exemple, qu’on classerait les deux traités sur Le saint esclavage de l’admirable Mère de Dieu, qu’écrivit Boudon, le grand archidiacre de l’Église d’Évreux, homme à la piété si vigoureuse et si abondamment mellifère. Grignion le cite à plusieurs reprises, § 72, 159, 163, surtout pour évoquer la très longue déjà et très grande histoire de cette dévotion. Mais quelle que soit la vitalité des opuscules de Boudon, il suffit de les lire à côté du Traité de Montfort pour voir que celui-ci n’est plus du même genre d’ouvrage, et admirer la largeur des horizons divins en face desquels il nous met.

Si nous appelons théologie, selon l’étymologie du mot, tout ce qui parle des profondeurs de Dieu, y comprenant ce que les saints sont capables d’enseigner par l’impression en eux de la divine Sagesse, et cette haute sorte de prophétie qui nous éclaire largement sur la vie de Dieu dans son Église, il faut dire sans hésiter que le traité de Montfort est un grand écrit théologique. Mais si, selon un usage courant, nous entendons théologie en un sens plus restreint, et inférieur, comme le travail de la raison montrant ce qui ressort de la Révélation, dirons-nous encore qu’en ce sens La vraie dévotion est un traité de théologie ? Nous dirons qu’il en contient beaucoup. Il procède d’une plus haute lumière que celle de la raison éclairée par la foi commune, mais la raison théologique y trouve son compte. Ce que nous n’y rencontrons pas, c’est une théologie toute sur la défensive, toute en discussion avec les négateurs et en minutieuses démonstrations pour les timides. De cela, Montfort, pressé par l’Esprit-Saint, n’a pas le temps. « Continuons », dit-il, après la parenthèse d’un très court paragraphe, § 26 et 245, où il a noté : « Si je parlais à des esprits forts de ce temps, je prouverais tout ce que je dis plus au long. » Mais la science théologique qu’il ne met pas, je dirais, en batterie, il la possède. Ce qui s’est éclairé pour lui par l’illumination de l’Esprit-Saint, il l’a lu dans la sainte Écriture, dans les docteurs et les saints, dans saint Augustin, saint Bernard, saint Bonaventure et une multitude d’autres témoins. Il en rapporte « quelques passages, dit-il, sans les rechercher beaucoup ». § 26. Or, c’est une profusion. Et les meilleurs arguments théologiques par lesquels s’établissent en foi et raison la nécessité de la dévotion à Marie, puis les vérités fondamentales sur lesquelles repose la dévotion parfaite qu’il va prêcher ainsi que la valeur de cette dévotion selon sa nature propre, il ne les a pas négligés. Sa lumière intérieure lui permet de les présenter avec une clarté, une sobriété et une franche saveur qui font que la forme de son écrit vieillit très peu.

Ayant reconnu ainsi la valeur théologique du Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge, vous estimerez sans doute que nous pourrons bien parfaire l’hommage que nous entendons lui rendre ici au nom de l’École, non pas en résumant avec sécheresse une doctrine de vie que vous avez tous méditée, mais en appliquant notre attention à reconnaître une fois de plus, et si possible un peu mieux, la force de quelques-unes des principales vérités que Montfort nous présente à vivre.

« Esclave de Jésus en Marie »

Il arrive aujourd’hui qu’on excuse seulement cette expression. Or, au sens où l’expliquait Montfort, en continuité avec les grands docteurs, cette expression est splendidement formelle et d’une grande plénitude. De prime abord comment ne pas se souvenir que saint Thomas d’Aquin consacrait deux articles de sa Somme théologique, IIII, 183, 1 ; 184, 4, à expliquer que tout état de perfection est un spécial esclavage. Réfléchissons.

L’esclavage, parmi les hommes, c’est l’appartenance en toute propriété d’une personne à une autre, et cela d’une manière immuable. Une telle dépendance à l’égard d’un homme, simplement, implique un désordre foncier. Par contre, il y a l’analogie de cela dans la condition de nature de toute créature à l’égard de Dieu. § 70 ; III, 48, c et 1. « Au Seigneur appartient la terre avec tout ce qu’elle renferme. » Ps 23, 1.

Et de plus, nous appartenons ainsi de droit à Jésus, à l’Homme-Dieu, au titre de sa Personne divine, de l’union hypostatique, et au titre de sa conquête de Rédempteur. § 68. « Nous sommes l’ouvrage de Dieu, créés dans le Christ Jésus. » Eph 2, 10. C’est pourquoi le Catéchisme du Concile de Trente enseignera que nous sommes esclaves de Jésus Christ, employant, comme le note Grignion, § 72, le terme le moins équivoque : « mancipia Redemptori nostro ». § 129.

Mais quel est donc ce divin esclavage selon la volonté de Dieu ? C’est, comme l’expliquera encore Montfort, l’esclavage de l’enfant tout dépendant et de la volonté amoureuse. § 112, 113 et 70.

En effet, il se fonde sur la communication de la vie surnaturelle que nous recevons toute du Christ, demeurant toujours aussi dépendants que l’enfant quand il a tout à recevoir ; et sur la charité de Dieu en Jésus Christ, qui n’a pas voulu nous traiter en esclaves de nature, ou même après notre péché en esclaves de contrainte, mais par le don de sa vie nous a réintégrés dans son amitié : « jam non dicam vos servos, vos autem dixi amicos », appelant ainsi, comme unique réponse qui convienne, l’entier esclavage d’amour. § 70.

Au moment où nous sommes incorporés au Christ par le baptême, nous acceptons ce lien qui nous fait du Christ ; et par « le vœu le plus grand et le plus indispensable » de tous, comme dit Grignion, § 127, après saint Augustin, nous vouons alors de demeurer au Christ, stables dans sa foi et dans sa charité. IIII, 88, 2 ad 1.

Il naît, par cet engagement, et celui corrélatif de renoncer à l’esclavage de Satan, engagement que l’on appelle les promesses du baptême et qui sont en réalité un vœu solennel, une relation qui serait insuffisamment exprimée par le terme de serviteur, car un serviteur s’engage selon sa seule volonté, et pour le temps qu’il fixe, et il exige rétribution. Ajoutons même que notre relation de baptisé au Christ ne serait pas suffisamment exprimée par les seules termes d’ami, car l’amitié peut être par seul choix, de frère, car le frère n’est pas tout entier à la gloire de son frère, de membre, car le membre n’est pas une personne qui s’aliène, tout cela serait donc insuffisant si l’on n’ajoutait encore esclave, « esclave amoureux », comme répète Grignion de Montfort. § 71, 73.

Quand l’homme demeure au Christ dans la fidélité à l’engagement du baptême, il tend à la perfection de la charité, car c’est la loi de la vie du Christ à laquelle il est donné. Il rentre ainsi, en un mode surnaturel, dans la vraie loi de sa nature, qui est d’aimer Dieu plus que lui-même de tout son cœur, de toutes ses forces et de tout son esprit. III, 48, 4 ad 1.

Au terme du vœu de notre baptême il y a la totale et indéfectible appartenance à la charité du Christ, même avec cette perfection qui ne sera atteinte que dans la vie éternelle.

Pour une plus libre livraison ici-bas des humains à la charité de Jésus Christ, il est des obligations contractées vis à vis de Dieu et devant l’Église, sans reprise possible et qui prennent toute la personne pour l’appliquer d’une manière plus particulière au règne de la charité dans l’Église ou au moins au progrès de la charité en elle-même. Et c’est ainsi que nous retrouvons les états de perfection — l’état épiscopal et l’état religieux — dont il est manifeste qu’ils sont, dans la ligne de notre esclavage au Christ, une plus spéciale servitude de charité.

L’état épiscopal, précise saint Thomas, « consiste en ce qu’un homme, pour l’amour de Dieu, s’est obligé à se donner tout entier au salut du prochain ; car il est du pasteur de donner sa vie pour ses brebis » IIII, 185, 4 ; 184, 5. C’est ce que saint Paul aimait à exprimer en se disant « captif du Christ, pour vous, vinctus Christi pro vobis ». Eph 3, 1.

L’état religieux est celui où l’on se retire les libertés que garde le séculier dans la disposition de ses biens extérieurs, de son corps, de sa volonté, pour être plus à Dieu seul.

Les oreilles des chrétiens, lorsqu’ils ont compris toutes ces choses par le sens chrétien et explicitement par la théologie, sont préparées à entendre parler d’être « esclaves de Jésus en Marie ».

Quelle est précisément cette voie du saint esclavage que Grignion présente à ceux que la grâce divine y appellera ?

Elle est très expressément dirigée dans la ligne de la perfection de l’esclavage du saint baptême. C’est pourquoi, sans rejeter certes, et nous allons bien le voir, l’appellation d’esclave de Marie, alors déjà très répandue, Montfort accueille encore plus volontiers la manière de parler conseillée, dit-il, par M. Tronson, supérieur général du Séminaire de Saint-Sulpice : « Esclave de Jésus en Marie ». « Il vaut mieux en effet se dire l’esclave de Jésus Christ. » Et Montfort en précise la raison d’une manière vraiment théologique : « prenant, dit-il, la dénomination de cette dévotion, plutôt de sa fin dernière, qui est Jésus Christ, que du chemin… pour arriver à cette fin, qui est Marie ». § 245 et 244.

Mais ce sera l’esclavage de Jésus en Marie. Pourquoi ? Simplement parce que Marie est la créature la plus livrée et possédée, possédée d’une manière ineffable et divinement parfaite par la Trinité Sainte et par l’humanité de Jésus pour les fins de l’Incarnation et de la Rédemption, pour le règne plénier de la charité et de la gloire de Dieu.

Nous serons donc tout possédés par Jésus à l’imitation de Marie, oui. Mais avançons normalement dans les mystères.

Le principe de la possession de Marie par Jésus, c’est l’Incarnation en son sein. « Le principal mystère qu’on honore [dans la dévotion dont il s’agit] est le mystère de l’Incarnation . » § 246 et ss. La grande fête de « la vraie dévotion à Marie » est le 25 mars, § 243, comme la grande prière en est l’Ave Maria. Ainsi nous vénérons « Jésus vivant en Marie », selon la belle prière dont M. Ollier a laissé l’amour à tous ses enfants : « Jésus vivant en Marie, venez et vivez en nous, en votre esprit de sainteté, etc. »

Mais là, si nous trouvons Jésus possédant Marie tout entière, nous Le trouvons aussi en une dépendance ineffable à l’égard de sa Mère, « captif et esclave dans son sein ». § 243. Et c’est précisément en prenant là la forme d’esclave — Formam servi accipiens — qu’Il a possédé Marie d’une manière parfaite pour la gloire de Dieu.

Il l’a ainsi façonnée selon Lui de telle sorte que si, pour honorer et imiter cette dépendance que Dieu le Fils a voulu avoir de Marie, nous nous livrons en toute propriété à elle, ce que nous trouverons en elle ce sera la forme même de Jésus Christ, en laquelle nous serons jetés, coulés, pour que, par l’opération continuée de l’Esprit d’Amour, nous soyons de mieux en mieux enfantés en Jésus à la gloire du Père.

Vous savez que, pour être totalement abandonnés à Marie et par elle mieux mis dans la possession de Jésus, la consécration qui nous est proposée par Grignion de Montfort livre à Marie, à Jésus, par son entière disposition à elle, notre corps, notre âme avec toutes ses puissances, nos biens extérieurs, et nos biens intérieurs et spirituels — de ceux-là ce qui est inaliénable pour qu’elle nous les garde à la gloire de Dieu — et tout ce que nous pouvons céder — leur valeur satisfactoire et impétratoire — pour qu’elle en dispose en son entière liberté, « en deux mots tout ce que nous avons et tout ce que nous pourrons avoir, à l’avenir, dans l’ordre de la nature, de la grâce ou de la gloire, et cela sans aucune réserve, pas même d’un denier, d’un cheveu et de la moindre bonne action, et cela pour toute l’éternité, et cela sans prétendre ni espérer aucune autre récompense… que l’honneur d’appartenir à Jésus Christ par elle et en elle. » § 121, 122.

Ce qu’il y a de tout particulier ici est bien manifeste, ce n’est pas seulement qu’on explicite l’appartenance du chrétien à Jésus par Marie, c’est que pour avancer droitement et rapidement par elle dans la charité de Jésus, on lui cède même ces biens intérieurs dont le baptême nous laisse la libre disposition, dont on ne fait même pas ordinairement abandon dans l’état religieux. § 123, 126.

Grignion a bien raison d’appeler cette consécration action héroïque au sens théologique du mot, en elle s’affirme d’une manière toute spéciale la puissance du feu consumant de la charité.

Cela est bien « la vraie dévotion à Marie », la dévotion à Marie comme étant vraiment Marie, c’est à dire toute à Jésus, toute à l’Esprit-Saint pour l’œuvre du Père ; et vraie dévotion, comme Marie la mérite, donation entière de soi.

Il n’est pas téméraire de penser que la solennité de saint Joseph patron de l’Église procure aujourd’hui des grâces spéciales pour vivre ces vérités. Joseph, c’est l’homme juste que la Providence a choisi comme époux de la Vierge, son ami, son servant, son protecteur ; il est à elle et elle est à lui pour l’Incarnation du Sauveur. Qu’il nous obtienne un grand accroissement de l’esprit de la vraie dévotion à la sainte Vierge

Car le temps presse, plus encore qu’aux jours où prêchait Montfort. Pourquoi ? parce que nous avons avancé un peu depuis lors vers le second avènement du Christ. « Quand sera-ce ? » dit Montfort. Il se défend bien d’en chercher la précision. Il faut d’ici là un déluge du feu de l’Esprit Saint, un règne de Marie pour l’achèvement du règne de Jésus Christ. Mais vers ce jour il aspire avec l’Église qui sans cesse poussée par l’Esprit redit : Veni, Domine Jesu. Nous sommes ramenés ainsi, Messieurs, vers ce que nous disions de l’esprit prophétique de Montfort, prophétie non d’une date, ce qui serait peu, mais de l’exultation de l’esprit de Marie dans l’Église vers Dieu Sauveur.

Pourquoi Montfort a-t-il avec tant de force synthétisé et clarifié ces vérités que d’autres avant lui, de divers points de vue, avaient déjà touchées ? Parce qu’il était pressé de promouvoir ainsi une plus parfaite pureté et une plus grande intensité de vie chrétienne pour l’achèvement du règne du Christ. La Vierge Marie, comprenons-le, est occupée du second avènement de son Fils, parce que c’est seulement alors que son Fils aura atteint son plein développement, qu’elle aura enfanté tous ses membres à la vie de la gloire. Ce n’est pas sans raison que le grand prophète de la vie de l’Église, le plus grand prophète du Nouveau Testament, c’est saint Jean le disciple de Marie. Le cardinal Mercier appelait Grignion de Montfort « nouveau saint Jean ». Il vit que Marie préparerait cette consommation du règne de son Fils au travers des grandes tribulations qui doivent achever la purification de l’Église, en prenant à cette occasion même plus parfaitement et plus purement l’Église en elle, Marie. Elle ne manquera pas de former ainsi, quand viendra l’heure des tous derniers combats, des hommes étonnamment saints. Demandons-lui, Messieurs, c’est son désir que Montfort nous a fait connaître, qu’elle nous donne déjà quelque chose de leur liberté dans la livraison entière à Dieu, de leur humilité mariale et de leur douceur, de leur amour de la croix de Jésus et de leur ardeur de feu.

Dieu seul.
D.-J. Lallement.
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